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Le mépris du premier ministre et de la ministre de la santé pour l'hôpital public

Les annonces du 20 novembre ne répondent en rien aux revendications de la population, fortement attachée à l'hôpital public, ni des personnels hospitaliers. Pour faire court, c'est uniquement 300 millions quand il en faudrait 4 ou 5 milliards et de nouveaux moyens de pression pour restructurer les hôpitaux comme le gouvernement l'entend, c'est à dire faire la part belle au secteur privé au détriment de l'accès aux soins pour toutes et tous partout.
Cet article a pour but de décrypter les différentes mesures avant d'envisager le contexte politique et les perspectives avec en ligne de mire les journées de sensibilisation du 30 novembre et surtout d'actions du 5 et 17 décembre.

Des mesures proposées sans rapport avec la situation réelle !
Je passerai sur les beaux discours : la population, le personnel n'attendent pas des discours, mais des actes ! D'autant plus que le discours confirme le bienfondé de la stratégie Masanté 2022 en indiquant simplement que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour l'hôpital.
Or, si le constat peut être partagé - une partie des difficultés des hôpitaux, en particulier des urgences est liée à ce qui se passe "en ville" - les mesures proposées dans Masanté 2022 sont du vent, confiant au libéralisme le soin d'organiser ce secteur, car, comme chacun sait depuis Adam Smith, la main invisible du marché est géniale, avec les conséquences gravissimes sociales et environnementales que l'on voit ! Faute de vouloir créer un vrai service public de soins de premier recours autour des centres de santé, faute même d'accepter des mesures aussi largement partagées que le refus de conventionnement de nouveaux médecins dans les zones surdotées le plan Ma santé 2022 ne va rien améliorer.
Et les annonces de jeudi témoignent de la volonté du gouvernement d'attaquer la notion même de service public hospitalier, avec par exemple la confirmation de la suppression du concours de praticien hospitalier pour mieux retourner plus d'un demi siècle en arrière avec des médecins libéraux venant faire la charité à l'hôpital !
Premier axe des mesures : Renforcer l’attractivité des métiers et fidéliser les soignants.
Passons sur les gadgets pour quelques étudiants  Au moment où les étudiants revendiquent simplement le droit de vivre !
La prime pour les personnels d'Ile de France (à lire le dossier de presse, seulement de Paris et des départements de la petite couronne) a déjà été largement commentée : la volonté de diviser les personnels de Paris et de province est manifeste, tout en ne répondant pas aux revendications : une augmentation de salaire et pas une prime, surtout si minime ! Poussons le bouchon plus loin : va-t-on faire payer aux hôpitaux parisiens et donc à la sécu la politique du logement qui fait la part belle aux promoteurs immobiliers et aux Airbnb ? Une prime pour les personnels de l'APHP va-t-elle être donnée en réduisant le personnel pour équilibrer les budgets et aggraver ainsi les conditions de travail ?
On voit l'absurdité, voir le caractère pervers de cette mesure alors que les infirmières françaises sont parmi les plus mal payées de l'OCDE !
La mesure 3 ("mettre en place une politique de valorisation financière des équipes engagées dans des projets de transformation") va surtout être un outil de division dans les hôpitaux, un outil pour favoriser les évolutions mettant les patients à la porte des hôpitaux !
La transformation indispensable des hôpitaux pour s'adapter aux réalités du XXIème siècle passe par la démocratie, par des droits accrus des salariés et des usagers, pas par des primes à la main des tutelles !
En ce qui concerne les aides-soignantes, la volonté de donner une prime à celles des EHPAD qui se forment était déjà connue : même pas une augmentation de salaire, une primette pour jouer un rôle d'encadrement vis à vis de celles qui n'ont pas encore fait leur formation. De qui se moque-t-on ?
Quant à la possibilité d'évoluer vers la catégorie B en fin de carrière, serait-ce que la ministre de la santé sait déjà que les Français vont faire ravaler au gouvernement sa réforme des retraites ? Car l'intérêt principal d'une telle mesure serait dans la retraite, à condition qu'elle soit toujours fonction des six derniers mois de travail ! Mieux vaut rire !
Mieux vaut rire aussi du principe très démocratique qui va être adopté pour les médecins hospitaliers : le recours à des ordonnances ! Rien de nouveau sous le soleil, puisque c'était prévu dans la loi Buzyn.
Deuxième axe : lever les blocages de l'hôpital public
Les propositions pour adapter le management sont particulièrement vides : redonner un peu de pouvoir aux présidents de CME et chefs de pôle ignore complètement que la majorité du personnel n'est pas médecin et que d'ailleurs la majorité des médecins ne sont ni présidents de CME, ni chefs de pôle et que pourtant tous doivent pouvoir donner leurs avis et être entendus : si tant de médecins quittent l'hôpital, c'est bien parce qu'on leur impose des pratiques dont ils ne veulent pas et le retour au mandarinat d'avant 1968 ne règlera pas la question !
Un allègement des procédures administratives consistant à supprimer le concours de praticien hospitalier témoigne surtout d'une idéologie sous-jacente de casse de la notion de service public : les personnels attendent eux qu'on leur supprime la lourdeur des procédures pour obtenir le moindre matériel courant (et en obtenir moins que demandé !) et bien d'autres paperasseries.
Le gouvernement aimant bien les primettes, en voici encore une avec la mesure 9. Une primette de 100€ brut mensuels pour les personnels, en particulier les infirmières, acceptant dans le cadre de protocoles de coopération de faire le travail des médecins. C'est une mesure particulièrement contre-productive car de nouveaux métiers sont nécessaires, avec des compétences larges, permettant une meilleure prise en charge, en particulier des maladies chroniques en consacrant plus de temps aux patients qu'un médecin surchargé de travail. Encore faut il que ces nouveaux métiers soient reconnus, à la fois par les professionnels et par les malades, qu'ils témoignent d'une vraie formation ! Une primette, ce n'est pas reconnaitre une qualification et cela va fermer la porte aux innovations nécessaires.
La mesure 10 est celle de tous les dangers pour les maternités de proximité, les services d'urgence avec le lancement d'une mission pour repenser les organisations territoriales de la permanence des soins. La mise en cause des médecins intérimaires, devenue populaire en s'appuyant sur des exemples de quelques mercenaires malhonnêtes et en donnant des chiffres de salaires artificiellement majorés par l'oubli des jours de repos non payés veut permettre de fermer des services au prétexte du recours à de tels médecins. C'est oublier la bouffée d'oxygène que cela peut être pour une équipe, en évitant qu'un départ n'en entraîne d'autres du fait de la surcharge de travail, la bouffée d'oxygène que cela peut être pour un médecin qui n'en peut plus des obligations de son poste en lui donnant une porte de sortie plutôt que de tomber dans le burn out ! On aimerait que de pareilles mises en cause s'adressent aux mêmes spécialités dans le privé : pourtant les revenus y sont souvent encore plus importants que ceux de l'intérim avec moins d'obligations liées à la permanence des soins.
Troisième axe : réinvestir dans l’hôpital en lui donnant des moyens nouveaux et de la visibilité dans le temps
Il faudrait créer 100 000 postes à l'hôpital pour répondre aux besoins, c'est à dire qu'il faudrait 5 milliards de plus : le gouvernement accorde généreusement 300 millions en 2020 et avec un ONDAM (objectif national des dépenses d'assurance maladie) hospitalier augmentant de 2,4%, reste très largement en dessous des 4% d'augmentation qui seraient nécessaires pour simplement suivre le vieillissement de la population, les progrès médicaux ...
La mesure 12 est une non-mesure : la promesse de ne plus baisser les tarifs. Vous connaissez beaucoup de structures qui peuvent faire toujours plus avec toujours moins ! La baisse régulière des tarifs a généré la situation catastrophique actuelle. Il faut changer de mode de financement, mais tant qu'on garde le même mode, il faudrait compenser les baisses des dernières années, pas seulement dire qu'on ne baisse plus !
Remarquons d'ailleurs la redondance de cette mesure avec la précédente puisqu'il faut que les tarifs rentrent dans l'ONDAM, de même que les primettes et que la mesure suivante : 150 millions pour l'investissement du quotidien : quelle belle expression pour donner l'impression que l'on a écouté le malaise !
La dernière mesure a aussi fait beaucoup parlé : la reprise d'une partie de la dette. Je ne sais si le fait de ne la reprendre qu'en partie est le résultat d'un arbitrage entre le ministère de la santé et Bercy mais quelle aubaine pour imposer de nouvelles restructurations à des hôpitaux, fermetures de lits ou de services que de pouvoir conditionner la reprise de la dette à ces restructurations. En sachant que l'essentiel de la dette est du à des investissements que l'Etat aurait du payer, il ne fait que rembourser une partie de sa dette, en ayant entre deux contribuer à la casse de l'hôpital public et permis l'enrichissement des banques.
En résumé, ce plan se résume à 300 millions d'euros et de nouveaux moyens de pression pour restructurer les hôpitaux comme le gouvernement l'entend : même pas un soupçon de droits nouveaux pour les personnels. Pourtant cela ne lui aurait rien couté, mais témoigne du mépris du gouvernement pour ceux qui n'"entreprennent" pas mais préfèrent s'occuper des autres à leur enrichissement personnel. Et aucune recette supplémentaire n'est décidée : s'agit-il comme avec la suppression de compensations par l'état à la Sécurité Sociale des exonérations de cotisations sociales de creuser un trou artificiel de la sécurité sociale pour mieux préparer une réforme rétrograde des retraites ? Pourtant décider de faire cotiser les revenus financiers des entreprises aurait été une bonne solution !
Pour information, vous pouvez trouver le dossier de presse ici.
Contexte politique et perspectives
Le mépris du gouvernement, on le retrouve même dans la présentation des mesures annoncées. Un parterre d'acteurs institutionnels de l'hôpital était invité : curieusement aucune des organisation syndicale de personnel paramédicaux ou de médecins n'a eu une telle invitation. Ne font ils pas partie de cette institution qu'est l'hôpital public ?
Alors, évidemment, la Fédération Hospitalière de France, dirigée par un maire de droite salue ces mesures dans un communiqué que vous pouvez retrouver ici.
France Asso Santé, la voix officielle des usagers, reconnue par la loi, financée par l'état et donc contrainte, ne peut faire autrement, vu la pression populaire, que de réclamer "L’arrêt des fermetures de lits, et des ouvertures dans les services et les territoires où les besoins sont les plus criants" mais, sans un mot pour les difficultés du personnel, en bon perroquet du pouvoir, elle affirme que "Des marges de manœuvre pourraient être trouvées via une organisation plus efficiente." Son communiqué est ici.
Malgré ses tentatives, le gouvernement n'a pas réussi à désolidariser les organisations syndicales, les différents collectifs, le printemps de la psychiatrie, la Coordination Nationale des comités de défense des hôpitaux et maternités de proximité. Dans un communiqué unitaire (à retrouver ici) ils rappellent leurs revendications auxquelles le premier ministre n'a pas du tout répondu et annoncent une journée d'initiative et d'actions de sensibilisation le 30 novembre et une nouvelle journée nationale de grève et de manifestation le 17 décembre.
Cela n'exclut évidemment pas d'autres actions plus locales d'ici là, comme par exemple la réunion que le comité de défense des hôpitaux de proximité des Ardennes tiendra le 2 décembre à Sedan.
Et surtout, le 5 décembre est dans toutes les têtes ou presque : la réforme des retraites impacte directement les personnels hospitaliers dont on sait que beaucoup sont usés avant l'âge de la retraite ... alors une réforme méprisant la pénibilité de leur travail ne peut qu'être refusée ! Et puis, cette réforme des retraites annoncée, c'est la casse des principes de solidarité de la Sécurité Sociale vers une individualisation des droits (en plus du concret, une retraite dont le niveau n'est pas garanti à un âge toujours plus avancé), c'est la casse même de la Sécurité Sociale : santé, retraite, Sécurité Sociale même combat.
Le gouvernement a du souci à se faire ! Il n'a fait qu'exacerber la colère des personnels hospitaliers, largement soutenus par la population.
Catégories : santé et protection sociale Lien permanent 0 commentaire

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