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Le blog de Michèle Leflon

  • Santé : quelle démocratie ? Avis de consultation sur le site de l'ARS !

    L’Agence Régionale de Santé du Grand Est soumet à la procédure de consultation pour avis la proposition de définition du périmètre géographique des territoires de démocratie sanitaire. Il serait bien que les collectivités concernées s'en emparent !
    La loi Touraine a revu les processus de concertation dans le domaine de la santé : je n'ose même pas employer le terme de "démocratie". Elle a remplacé une usine à gaz pour faire croire à la concertation par une autre usine à gaz !
    Un décret vient de sortir, demandant aux ARS de définir les territoires dans lesquels s'exercera cette "démocratie sanitaire". L'ARS du Grand Est a donc publié ses propositions (à retrouver en cliquant ici - le document intéressant est la note d'accompagnement, à télécharger dans la colonne de droite).
    Quelques rappels, avant de commenter ce document : il existait antérieurement des conférences de territoires, au nombre de deux pour la Champagne Ardenne (le nord avec la Marne et les Ardennes), le sud de la région avec les deux autres départements. Ces conférences de territoires ont des prérogatives très limitées, purement consultatives et ce ne sont pas les virgules que la loi Touraine a changé dans le code qui améliorent les choses. Bref, il ne peut être question de "démocratie sanitaire". Mais les ignorer serait une grave erreur car il est possible de les utiliser. C'est par exemple à partir de là que s'est développée l'idée que le contrat local de santé de la Pointe des Ardennes ne pouvait pas être fait comme les autres (les précédents faits en région étaient ceux de Reims et de Vitry le François) entre "institutionnels" et qu'il fallait développer une concertation large : cela a par exemple souligné le manque de personnes qualifiées dans l'aide aux personnes âgées ... et aider à argumenter au Rectorat la nécessité de l'ouverture d'un enseignement d'exploration "santé-social" en seconde au lycée de Givet. A Reims, une concertation large aurait évité d'oublier purement et simplement ... les étudiants ! Et pourtant quel besoin de développer la prévention chez ces jeunes !
    L'ARS propose deux schémas, le premier calé sur le découpage départemental, le second, celui que je vous ai mis en illustration. A lire le document, il a les faveurs de l'ARS : il serait novateur  en cassant les anciennes limites régionales, en permettant des rapprochements et une émulation entre territoires ayant des indicateurs de santé proches. Ce second scénario est inacceptable : il existe une instance de concertation à l'échelon de la grande région (la CRSA). Il ne peut s'agir de créer des sous-sections de la CRSA. Il faut des territoires de proximité pour pouvoir exercer une vraie concertation et ce n'est évidemment pas une Champagne Ardenne agrandie avec la Meuse qui constitue un territoire de proximité !
    Le document de l'ARS critique le découpage départemental en s'appuyant sur le fonctionnement antérieur qui a montré ses faiblesses. Certes, les conférences de territoire ont mal fonctionné. Mais dans les raisons à cela, le temps passé à travers des réunions où le formalisme l'emporte souvent sur le contenu,  ... et les distances ! Alors, c'est sûr que d'agrandir les territoires, cela ne va pas aider au fonctionnement ! Mais savez vous ce que met en exergue l'ARS dans les éléments de choix : "les crédits alloués à la démocratie sanitaire et les ressources humaines mobilisables en ARS" qui "doivent permettre le bon fonctionnement de ces instances." Les économies pour justifier des restrictions à la démocratie ! De plus en plus aberrant. Ceci dit, merci aux personnels de l'ARS de Champagne Ardenne et en particulier à ceux de la délégation territoriale des Ardennes, car si la conférence de territoire a pu servir un peu, c'est bien grâce à eux et à leur esprit de service public !
    Alors, évidemment, si le choix entre les deux scénarii ne peut être que binaire, c'est le premier qu'il faut privilégier, le départemental. Il y a un grand avantage, celui de correspondre au découpage des politiques du social gérées par les conseils départementaux. En ce qui concerne les Ardennes ou la Haute Marne, il a en plus l'avantage de ne pas être calqué sur le découpage des groupements hospitaliers de territoire et c'est très bien pour ne pas figer ces territoires imposés. Je ne suis pas sure qu'il soit adapté aux territoires plus peuplés de l'est de la région : d'ailleurs en Alsace, il existait, si j'ai bien compris, quatre conférences de territoire pour deux départements et vraisemblablement ce schéma départemental présente une régression !
    En conclusion, deux remarques :
    - la première, allez voir la fin du document de l'ARS. Il y a d'intéressants chiffres sur l'état sanitaire des populations du Grand Est. C'est particulièrement dramatique dans les Ardennes, en tête de tous les départements de la grande région pour la part de la population bénéficiant de la CMU-C (10,1% dans le département, 6,6% dans l'ensemble du Grand Est), pour la mortalité par maladie cardiovasculaire ou pour la mortalité par cancer, en queue pour la densité de médecins spécialistes !
    - la seconde concerne les Groupements Hospitaliers de Territoire (la carte en est d'ailleurs à la fin du document) : ce qui se passe en ce moment est bien le témoin que le mot de démocratie ne signifie rien en ce qui concerne la politique de santé en France ! Dans le silence de l'été, l'ARS prépare les conventions constitutives des GHT, celles dont les hôpitaux devaient lui remettre les projets avant le 20 juin après consultation de leurs instances et qui doivent être validées par le directeur général de l'ARS dans les deux mois : deux mois de totale opacité pour changer .... !

    Catégories : Ardennes, Champagne Ardenne, santé Lien permanent 0 commentaire
  • Chroniques estivales 9 : humeur ... laïcité, Yémen, présidentielles.

    Déjà une réaction d'humeur, devant l'art de créer des problèmes pour masquer les vraies réalités, les discriminations, le machisme encore trop présent, les inégalités, la pauvreté ... Après des maires de droite de communes de la Côte d'Azur, voici le maire du Touquet, également de droite, qui interdit les "burkinis" sur cette plage de la Manche. C'est donner de l'importance à ce qui n'en a pas, la manière de s'habiller, insister sur une interprétation religieuse, en oubliant qu'en d'autres périodes, des tenues tout aussi couvertes étaient de mise pour les femmes : il suffit de voir les photos du Touquet à la Belle Epoque ou ce tableau de C. Monet illustrant cet article. C'est une dangereuse interprétation de la laïcité sensée être la séparation de l'Etat et des religions, le respect de la liberté individuelle et la non intervention des pouvoirs publics sur les questions religieuses. Curieusement (?), ce sont les femmes qui sont instrumentées encore une fois dans un débat essentiellement masculin. La Ligue des droits de l'homme a publié un très bon communiqué de presse que je vous invite à lire en cliquant ici. Que ce soit sur les tenues de plage ... ou par rapport aux opposants au projet d'enfouissement des déchets nucléaires à Bure pour ne prendre que ces deux exemples, l'interdiction, la répression enfonce toujours dans l'opposition, l'antagonisme au lieu de la compréhension réciproque !!!
    Tristesse et indignation ensuite devant le bombardement d'un hôpital de MSF au Yémen par la coalition menée par l'Arabie saoudite avec des armes françaises. Quand donc que la France arrêtera d'armer des assassins ?
    Rire jaune enfin devant l'annonce de la candidature aux primaires du PS de B. Hamon. Il y a déjà G. Filoche, MN. Lienemann, A. Montebourg (?) ... A croire qu'il y a concours entre membres du PS et anciens membres du PS comme JL Mélenchon pour se refuser à comprendre que le discrédit de la politique est en partie du à ces courses de coqs, là où les gens ont envie d'entendre des propositions et surtout d'être écoutés, tout le sens du hashtag #OnVautMieuxQueCa. Car c'est ensemble qu'il nous faut construire un programme pour les cinq ans à venir, pas derrière des coqs !

    Catégories : Au fil des jours Lien permanent 0 commentaire
  • Chroniques estivales 8 : #OnVautMieuxQuUnRevenuUniversel

    On observe ces derniers temps une montée de propositions autour de ce que je vais appeler la notion de "revenu universel", avec des noms différents, recouvrant des projets différents ... mais qui me semblent tous aussi dangereux.
    Il y a pour moi une contradiction forte entre ces projets de revenus universels, découplant revenu et travail (sauf pour certains projets type salaire à vie - j'y reviendrai pour dire pourquoi je les assimile quand même) et la volonté de tous ceux qui se sont levés contre la loi travail (bien mal nommée), leur volonté de trouver leur place dans la société et d'y être reconnus, symbolisé par le hashtag #OnVautMieuxQueCa, d'où mon titre.
    Il y a en effet dans notre société une exigence à vivre dignement, c'est à dire, d'une manière indissociablement liée, à avoir les moyens de vivre ( et la montée de la misère rend urgentes des solutions à cette question) et à avoir sa place dans la société, à y apporter sa contribution par le travail. Ce sont ces deux aspects - revenu et place dans la société - qui doivent être traités de manière simultanée et urgente, sans oublier le contexte dans lequel nous sommes, malheureusement plutôt favorable actuellement aux forces du capital, et sans jamais donner prise à la récupération par celles-ci.
    Après un point sur la situation actuelle, je vous dirai pourquoi ces projets de "revenu universel" me semblent dangereux avant de lancer des pistes de propositions.
    De quoi s'agit-il et dans quel contexte ?
    Si j'ai décidé de vous faire une critique en règle de ces propositions autour de la notion de "revenu universel", ce n'est évidemment pas sans savoir l'urgence d'avoir de quoi vivre pour nombre de nos compatriotes, ni sans avoir compris les différences essentielles entre les différentes propositions : la notion de salaire à vie portée par le réseau salariat et le sociologue Bernard Friot remplit, elle, les deux objectifs, de revenu et de place dans la société.
    Les différentes propositions méritent d'être regardées avec ces deux critères, mais aussi avec un troisième : leur faisabilité dans notre société et les risques éventuels de leur mise en oeuvre.
    Car, n'oublions pas que nous sommes dans une société mondialisée, avec une lutte de classes qui oppose la grande bourgeoisie à l'immense majorité des femmes et des hommes, avec dans notre pays une oligarchie qui a concentré pouvoir économique, politique ... et le contrôle des médias ; tout cela dans un cadre européen et l'expérience grecque a montré toute la difficulté d'en sortir par la seule voie politique. Le peuple doit gagner le pouvoir politique. Il doit aussi gagner le pouvoir économique, reprendre le pouvoir sur la finance. Le "dans la rue et dans les urnes" avec un dans la rue signifiant aussi dans les entreprises est plus que jamais d'actualité liant indissolublement le politique et le social comme condition du changement.
    Enfin, disons le clairement : de qui viennent ces propositions ? - de militants, d'artistes ...
    Je n'ai jamais entendu des ouvriers licenciés demander un revenu universel - tout au plus, les plus proches de la retraite aspirent à celle-ci en arguant de l'usure liée à leur métier ; nous sommes là sur autre chose, les questions d'âge de la retraite, de pénibilité. Les ouvriers licenciés veulent retrouver une place dans la société, un travail.
    Je n'ai jamais entendus de jeunes - sauf des militants, des artistes ... - demander un revenu universel : ils veulent une place dans la société, un travail. Ce qui n'est évidemment pas le cas des militants, associatifs de tout genre, syndicaux, politiques car eux ont trouvé leur place d'utilité sociale et il ne leur manque que le revenu.
    Pourquoi ces propositions me paraissent dangereuses ?
    Un mot déjà du salaire universel proposé par Bernanrd Friot. J'entends : "il suffit de ne plus verser de dividendes". Il s'agit bien là d'une question de rapports de force et si le rapport n'est pas là (et dans la situation actuelle, cela me parait relever de la même idéologie gauchiste que d'attendre le grand soir), cela va tendre vers le revenu universel et c'est donc de celui-ci que je vais détailler les risques.
    Deuxième remarque : ces projets de revenus universels sont repris par certains idéologues de droite...  c'est bien que ceci pourrait avoir des avantages ... même pour le capital.
    Ce serait en effet facteur de paix sociale (et ce n'est évidemment pas au nom d'une quelconque idéologie du pire que je refuse ces projets : il y a urgence à assurer un revenu décent à tous. Voir ci-dessous )
    Mais au prix de la rupture du lien entre revenu et production de richesses en déportant des batailles du social vers le politique, le revenu social devant être créé par la loi, en fragilisant donc plus encore les possibilités d'intervention des salariés sur leur lieu de travail pour récupérer une partie des dividendes, pour orienter le développement économique vers la satisfaction des besoins et non la recherche des profits maxima (satisfaction des besoins incluant évidemment pour moi la soutenabilité écologique),  pour transformer le travail en faisant appel à la créativité de chacun.
    Et cette fragilisation de l'intervention des salariés sur leur lieu de travail, quel gain pour les forces du capital !
    Car c'est bien du local au global qu'il est nécessaire de se battre contre la bourgeoisie pour un autre développement économique, pour une autre utilisation de l'argent, au service des 99%.
    Deuxième risque, c'est celui d'un revenu universel devenant revenu minimum tout en justifiant la suppression de très nombreuses autres sources de revenus : indemnités journalière, indemnités chômage, allocation adulte handicapé, bourses d'étude, rémunération de stagiaire de la formation professionnelle ..., sans parler de la suppression des aides connexes (aides sociales  accordées par des collectivités, sous réserve par exemple d'être bénéficiaire du RSA) et au total, le revenu universel serait synonyme de baisse de revenus.
    Tout en justifiant de nouvelles baisses de "charge" pour les entreprises, de cotisation chômage par exemple, bref, de quoi augmenter les dividendes.
    L'expérience Hollande/Valls nous a appris quelque chose, l'imposture sémantique : entendre une parole de gauche et voir mener une politique de droite. Et de ce point de vue, le revenu universel pourrait être un bon objet d'imposture sémantique. Comme d'ailleurs dans un domaine proche, la sécurité sociale professionnelle. C'est avec son numéro de sécurité sociale que l'on peut accéder à son compte personnel de formation, demain à son compte personnel d'activité (une notion très vide !). Pour un gouvernement menteur, il ne reste qu'un tout petit pas à faire pour faire croire à la création de la sécurité sociale professionnelle, sans le moindre rapport avec le projet de la CGT, sans le moindre contenu de nature à véritablement permettre la sécurité de l'emploi dans une alternance emploi/formation.
    Vous allez me dire, il ne suffit pas de critiquer. Mais il y a des propositions permettant tout à la fois de garantir à chacun place dans la société et revenu permettant de vivre dignement !
    - relancer l'économie et cela passe par une autre utilisation de l'argent, du crédit pour relancer l'investissement, là où cela permet de créer des emplois et de satisfaire les besoins des populations en avançant plus vite vers la transition énergétique (rénovation des batiments par exemple)
    - diminuer radicalement le temps de travail (à 32 h dit la CGT, sans doute à moins encore)
    - ces deux mesures nécessitent pour être efficaces des droits nouveaux pour les salariés dans leurs entreprises pour proposer, évaluer la mise en oeuvre.
    - créer une véritable sécurité d'emploi et de formation : la commission économique du PCF, en lien avec les groupes communistes à l'Assemblée Nationale et au Sénat a mis en débat un avant projet de proposition de loi. Vous pouvez le trouver en cliquant ici. Vous verrez, les questions techniques ne sont pas ignorées (il y en a marre qu'on nous dise qu'on ferait bien mais que techniquement, on ne peut pas !)
    - développer les emplois publics : les services publics en ont besoin ! Il faut en finir avec les communes, les associations qui utilisent des emplois dits aidés. Cela se fait pour assurer de vraies taches d'utilité sociale avec l'argent de l'état qui finance une part de ses emplois. Au lieu de contribuer ainsi à la précarisation de toute une partie de la population, le gouvernement ferait mieux d'augmenter les dotations aux communes, de subventionner les associations pour de vrais emplois. (Mais idéologiquement, c'est tellement mieux pour le capitalisme de faire croire qu'une partie de la population ne peut pas travailler sans être "aidée" !)
    - créer une allocation d'autonomie de la jeunesse
    Et si toutes ces mesures de fond doivent être lancées d'emblée, elles doivent évidemment s'accompagner de mesures sociales, le temps que cela fasse effet, comme l'augmentation du RSA.
    J'arrête là ce billet : j'aurais encore beaucoup de choses à dire, sur les liens avec la protection sociale ou sur les aspects concernant plus spécifiquement les femmes ... mais ça fait un mois déjà que j'ai commencé ce billet, que je le rature, le réécris, à la fois à la lumière de l'évolution de ma réflexion, en particulier sur les liens avec la révolution informationnelle, mais aussi pour en dire plus sans l'allonger ... la quadrature du cercle ! Disons que c'est un point d'étape ! Et si tout ce que je n'ai pas abordé peut favoriser la discussion ...

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  • Chroniques estivales 7 : lecture ; la révolution informationnelle

    Comme je le disais dans un précédent billet, je viens de lire La nouvelle société du coût marginal zéro de Jeremy Rifkin : du meilleur et du pire !
    Deux remarques préliminaires déjà : la première, c'est que c'est un auteur américain, et c'est en cela sans doute que ce livre est le plus intéressant. Là bas aussi des questions se posent sur l'avenir du capitalisme ... Autre facette de ce que nous a également montré la campagne de Bernie Sanders. C'est une bonne nouvelle. La seconde, c'est que ce livre ne vaut pas le succès médiatique de son auteur (comme exemple de ce succès, pour ceux qui n'auraient pas suivi, l'ancien président de la région Nord Pas de Calais, socialiste, lui avait demandé de venir conseiller sa région. Xavier Bertrand, nouveau président de droite des Hauts de France, vient de confirmer la poursuite de la démarche, étendue à la Picardie) ou plutôt, cela l'explique : pas trop dangereux pour le capital ! Sans parler d'un art pour noyer le poisson : livre long, avec plein de redites, à croire qu'il est payé à la page !
    Le point de départ du livre est intéressant : la contradiction entre la recherche du profit, moteur des capitalistes, et tout ce qui tourne autour de la révolution informationnelle : ce fait nouveau qu'une information, une fois qu'elle est produite peut être partagée indéfiniment, les possibilités de travail coopératif à distance ...
    Sauf que ce qui sortira de cette contradiction n'est pas inéluctable : J. Rifkin pense probable que l'avenir soit à une société avec beaucoup plus de "communaux" où le capitalisme deviendra marginal. Mais jamais il ne pose la question de l'action collective nécessaire pour avancer dans cette direction, alors que l'on connaît la capacité du capitalisme à se sortir de bien des crises, à surmonter bien des contradictions : Uber, Amazon ... pour être dans l'actualité de ce début de siècle. La question de la lutte de classe est absente de ce livre, alors que la mobilisation populaire est bien l'élément déterminant du mode de sortie de cette contradiction majeure actuelle.
    "Une économie de la pénurie cède lentement la place à une économie de l'abondance" : cette idée revient à de nombreuses reprises tout au long de ce livre. De fait, on peut passer d'une période de pénurie de l'information à une période d'abondance de l'information : c'est techniquement possible. Encore faut il qu'il y en ait volonté ! Car je n'ai pas vu dans ce livre poser les questions du contrôle de l'information, des libertés ... Mais abondance d'énergie ??? J'ai cru jusqu'à la fin trouver une réflexion sérieuse sur le sujet, car qui dit énergies renouvelables dit aussi entretien des installations, matières premières, recyclage ... bref, pas forcément un coût marginal zéro. Je n'ai pas trouvé ! Tout cela est assez virtuel ! Et évidemment, dans cette économie d'abondance, on ne parle pas eau, alimentation ...
    Pour rester dans le concret, j'ai illustré cet article avec une photo de mes cadres de lecture en cet été : la forêt d'Ardenne, là une photo prise à la frontière belge, au confluent de la Hulle et de la Houille, le bois, l'eau ....
    J'avais espéré une conclusion concrète : quelle déception ! La fin est moralisatrice .. l'abondance serait surtout celle des relations humaines si - et là j'espère que ce n'est qu'une question de traduction - notre société devient moins matérialiste en souhaitant évidemment que ce terme ne soit pas écrit dans son sens philosophique.
    "Ne vous en faites pas : la société va devenir meilleure pour autant que l'on s'empare des nouvelles techniques" semble être le sens profond de ce livre. Et n'hésitez pas à utiliser les formes de l'économie capitaliste : elles disparaitront d'elles mêmes. C'est évidemment une forme de passivité que je ne peux accepter !
    Au delà de toutes ces critiques, ce livre est bien documenté, même si le parti pris entraine des lacunes et il y a de belles formulations à retenir, qui font d'autant plus plaisir à lire que, rappelons le l'auteur est américain.
    Mais pas de quoi donner 350 000 euros à son auteur comme l'a fait la région Nord Pas de Calais (source la Voix du Nord et pour en savoir plus sur cette collaboration, cliquez ici.) Vous y apprendrez que la commission européenne veut aussi lui donner une mission !
    Si vous voulez mieux comprendre véritablement la révolution informationnelle, lisez plutôt Economie et Politique. Le dossier de son dernier numéro porte sur ce sujet. Il est en ligne en cliquant ici.

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  • Chroniques estivales 6 : le projet de taxe spéciale d'équipement régional entre bricolage gouvernemental et démagogie du président des Hauts de France !

    Une polémique apparait ces derniers jours à la suite d'un communiqué de l'Association des Régions de France et de la réaction de Xavier Bertrand.
    Voici le passage du communiqué de presse de l'ARF (Association des Régions de France présidée, rappelons le, par le président de droite du Grand Est) :
    "l’Etat prend en considération la compétence accrue des Régions en matière de développement économique et d’accompagnement des PME et des ETI et leur demande de retrouver de l’autonomie fiscale. Le gouvernement saisira le Parlement pour mettre en place une Taxe Spéciale d’Equipement Régional lors du PLF2017. Elle permettra aux Régions de disposer d’une recette supplémentaire annuelle de 600 millions d’Euros. La répartition par Région sera étudiée en concertation avec l’ARF.". Avant même de savoir de quoi il en retourne réellement, Xavier Bertrand, membre du même parti que Philippe Richert, s'est élevé contre la création d'un nouvel impôt !
    Cela demande décryptage !
    Mais avant, deux remarques sur les autres éléments de l'accord intervenu entre le gouvernement et l'ARF :
    - il entérine une nouvelle étape de la casse du service public ferroviaire avec un accord financier au cas par cas pour les régions qui reprendraient en charge les trains d'équilibre du territoire. Pour résumer sans langue de bois, le gouvernement achète le silence des régions à un désengagement de l'Etat de ces indispensables liaisons interrégionales.
    - ma deuxième remarque concernera la santé. Comme je suis intéressée par ces questions, j'ai été intriguée de trouver le mot dans l'introduction du communiqué de l'ARF, sans aucune explication du contenu des discussions entre le gouvernement et les régions sur le sujet. J'ai donc cherché et trouvé un communiqué sur le site du gouvernement (à retrouver en cliquant ici). Je vous cite le passage : ce n'est pas la révolution !
    "L’Etat et les Régions se sont également accordés pour travailler de concert à la mise en œuvre des orientations de la Grande Conférence de la santé du 11 février 2016. Ainsi seront notamment étudiées
    conjointement  les  possibilités  d’universitarisation  des  formations  paramédicales,  de  modulation régionale du numerus clausus et d’harmonisation des prestations sociales des étudiants. Ces  actions
    s’ajoutent à celles engagées par l’Etat pour garantir l'accès aux soins sur tous les territoires.
    "
    Il est intéressant d'ailleurs de voir que dans ce communiqué la taxe spéciale d'équipement régional n'est pas mentionnée et d'ailleurs la comparaison entre le communiqué du gouvernement et celui de l'ARF sur la même réunion vaut le coup ! (le communiqué de l'ARF peut être lu en cliquant ici)
    Revenons en à l'essentiel de cette chronique. Les données du problème déjà : comme toutes les collectivités, les régions ont vu leurs dotations baisser. Elles en dépendent plus que les communes et les départements, puisque le seul impôt sur lequel elles peuvent réellement jouer est la taxe sur les cartes grises, depuis les réformes de Sarkozy. La dernière réforme territoriale, outre les fusions de régions, leur a donné plus de compétences, en particulier en matière de développement économique, retirant aux départements la possibilité de donner des aides aux entreprises, et cela sans transfert financier entre les départements et les régions.
    Il y a donc deux questions : celle des impôts et celle des aides aux entreprises.
    La question des impôts doit être traitée sans démagogie : ce n'est pas moins d'impôts qu'il nous faut mais mieux d'impôts. Mieux, c'est à dire mieux répartis, mieux utilisés ! Et pas des réformes en trompe l’œil !
    Fondamentalement, l'impôt sert à financer ce que la société veut mettre en commun, des équipements, des services. C'est donc un élément de solidarité et c'est pour cela que l'ultralibéralisme s'acharne contre l’impôt !
    Encore faut il, évidemment, que son prélèvement obéisse à des règles de justice : la TVA est par exemple un des impôts les plus injustes puisque ceux qui ont peu de revenus les consacrent uniquement à une consommation indispensable sur lesquels ils paient la TVA, tandis que ceux qui ont de gros revenus peuvent thésauriser et ne paient donc la TVA que sur une petite part de leur revenu. Mais la TVA a un immense avantage pour tromper la population : on ne se rend pas compte qu'on la paie, par exemple quand on achète des fringues, tandis qu'on voit bien quand on paie impôts sur le revenu ou impôts locaux !
    La France a besoin d'une grande réforme fiscale pour plus de justice, que chacun paie en fonction de ses moyens ... mais qu'a fait le gouvernement : simplement avancer vers une réforme en trompe l'oeil avec le prélèvement à la source, pour qu'on ne se rende plus compte que l'on paie (avec un risque d'injustice supplémentaire !). Quant à la question des finances locales, urgentissime, il n'a rien fait et là il fait une annonce bricolée aux régions ! Avec de vraies questions de justice à la clé, car la taxe foncière, si tant est que c'est sur la même base que s'appuierait cette taxe, n'est pas un impôt juste, d'une part parce que tous les propriétaires de leurs maisons ne sont pas "riches", mais aussi parce qu'il y a là aussi un aspect en trompe l'oeil : ceux qui tirent profit de leurs investissements dans l'immobilier s'empresseront de répercuter à leurs locataires sous forme d'augmentation du loyer. Mais Xavier Bertrand, dans le droit fil du chacun pour soi, ne pose pas ses questions là : il se contente de dire "pas d'impôts !"
    Des impôts mieux répartis, des impôts mieux utilisés : la question de l'aide aux entreprises en est un bon exemple !
    Pas question évidemment d'être dans une optique ultralibérale en disant que cela ne regarde pas les régions. Bien sur, nous sommes tous intéressés par un bon développement économique dans nos territoires. Encore faut il poser les bonnes questions ! Quel développement économique ? Quels financements ? N'est ce pas avant tout le rôle des banques ? Plus prosaïquement, la réalité, c'est que les crédits bancaires sont rares (les banques préfèrent spéculer, plutôt que de jouer ce qui devrait être leur rôle) et qu'une aide d'une région se présente souvent comme une garantie de sérieux pour un prêt bancaire. Mais précisément, les communistes ont une proposition de fond régional pour l'emploi et la formation qui pourrait faire bénéficier les entreprises de prêts bonifiés en fonction de critères (création d'emplois, qualité de ceux-ci, impacts environnementaux ...). Cela suppose une démocratie sociale : l'avis des salariés, de la population sur les développements économiques, bref un contrôle populaire des aides aux entreprises. Or Richert demande des sous pour aider les entreprises, mais on cherche toujours quel contrôle il y a !

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