Si vous arrivez au bout de cet article
relativement long, c'est à dire si vous ne vous êtes pas arrêtés
parce que vous en êtes en désaccord avec telle ou telle phrase,
vous aurez le pour et le contre de ce qui m'amènera à voter JL
Mélenchon. Si je commence ainsi, c'est parce que je sais
l'enthousiasme ... ou l'extrême susceptibilité de certains qui
considèrent que le moindre reproche à Jean Luc Mélenchon nuit à sa
campagne, sauf que les gens sont comme moi, ils pèsent le pour et
le contre, argumentent et ne se contentent pas de slogans : ils
ont été trop déçus.
L'époque des croyances, l'époque où l'on suivait le grand chef est
fini. Les gens réfléchissent, discutent le pour et le contre
et nier les inconvénients serait faire croire que nous sommes
encore dans le passé. Dépasser les slogans, la seule manière de
convaincre les potentiels abstentionnistes, c'est tout dire,
avantages, inconvénients, bien, mal, moyen, bref, aider à une
réflexion... C'est aussi nécessaire pour construire l'avenir, car
l'élection présidentielle n'est pas la fin de l'histoire, mais une
étape, quel qu'en soit le résultat et dans la situation complexe
du monde d'aujourd'hui, les raisonnements ne peuvent être
simplistes.
Avant tout quelques éléments sur la manière dont je vois la
situation dans le monde et la France actuellement. L'évolution du
monde s'accélère et nous sommes à la croisée des chemins du
meilleur et du pire,
- avec la révolution informationnelle qui peut une société de
contrôle généralisée et de libertés réduites ou un
développement sans précédent des échanges
intellectuels, culturels, des relations humaines.
.. mais aussi avec de nouvelles technologies comme le génie
génétique pour lesquels un contrôle démocratique est nécessaire
pour juger des applications utiles et des nuisibles.
- avec la pression de l'homme sur la nature : l'homme ne vit plus
en symbiose avec elle. Ce qui lui a permis de se développer, c'est
bien précisément la manière dont il a utilisé la nature pour se
nourrir, se vêtir, se chauffer, se déplacer ... mais les
ressources de la planète ne sont pas infinies et le réchauffement
climatique qu'il a généré nécessite des mesures urgentes à
l'échelle planétaire.
Et tout cela s'imbrique dans la crise du capitalisme, à la
recherche d'un nouveau souffle pour accroître les profits de
quelques-uns, au détriment des femmes et des hommes, prêt à tout
et c'est bien ce système économique qu'il nous faut dépasser pour
pouvoir envisager sereinement toutes les autres difficultés, non à
la lumière du taux de profit, mais du bien pour l'humanité. Il y a
urgence : les déséquilibres sociaux sont facteurs de violences, de
guerres
Qu'est ce qui pourrait me retenir de voter
Mélenchon ? Deux choses que je vais développer, la
première, c'est sa conception de la politique, la seconde, c'est
sa visée transformatrice qui reste celle d'un social démocrate.
Une conception de la politique en continuité
avec la Vème République : il veut être le monarque ! Je
sais, je vais faire hurler mes camarades de la France Insoumise en
écrivant ceci et ils auront raison, puisque JL Mélenchon a annoncé
vouloir réunir une constituante ! Mais son comportement (peut être
est-ce nécessaire dans cette élection ?) est bien celui d'un
monarque, qui se place au dessus des partis. Et quelle est la
démocratie de la France Insoumise, de l'élaboration de son
programme ? L'apparence y est, puisqu'il était possible de
contribuer par internet. Mais le nécessaire débat n'a pas eu lieu
: des "experts" ou la garde rapprochée de JL Mélenchon ont écrit,
jugeant seuls de la pertinence des contributions, jugeant de ce
qui est bon pour le peuple. Nous restons dans cet élitisme des
énarques et autres experts, souvent autoproclamés, dont je ne nie
pas les compétences, mais les questions sont trop complexes pour
rester dans un cercle restreint et ne pas être soumises à la dure
mais nécessaire confrontation avec tous ceux qui sont concernés au
premier chef parce que c'est leur vie et par ceux qui essaient de
traduire les aspirations populaires parce qu'ils sont immergés
dans le peuple : les militants dans toute leur diversité. Rejeter
les partis politiques, devenus symbole de la crise de notre
société, ne doit pas conduire à faire pire !
Nous ne changerons pas le pays contre lui mais avec lui, ce qui
suppose de rassembler largement des populations aux intérêts
variés, parfois divergents même si l'immense majorité a intérêt au
changement. Et de ce point de vue, le "qu'ils dégagent" est
nuisible. Bien sûr dans le cercle militant on comprend ce que sous
entend le "ils" : les patrons du CAC 40, les politiques à leur
solde, les faiseurs d'opinion entérinant l'ordre établi. .. Mais
le "ils" peut devenir pour d'autres, moins au fait des
sous-entendus, tous ceux qui ont une quelconque autorité,
enseignants par exemple ou maire d'une petite commune développant
un immense bénévolat auprès de ses administrés et cela est facteur
de division de notre société, de rejet de l'autre, là où nous
avons besoin d'un projet pour toute la société. Le "dégagisme"
comprend aussi, pour certains militants de la France
insoumise, se débarrasser du PCF, un vieux rêve de
soixante-huitards attardés, - mais aussi des capitalistes ! - et
je dis cela sans esprit partisan mais le recrutement social du PCF
n'est pas celui de la FI et s'il a perdu de l'influence, il reste
beaucoup plus proche des ouvriers et employés, des quartiers
populaires, que ne peut l'être le parti de gauche ou la FI qui
s'adresse plus à des jeunes qui ont fait des études et ne trouvent
pas le boulot à la hauteur des efforts qu'ils ont fournis, parfois
donneurs de leçons vis à vis de jeunes tout aussi capables mais
victimes d'une école de l'exclusion. Or nous ne réussirons le
changement que par la rassemblement de tous. Nous rêvons tous en
ce moment à une qualification pour le second tour. Les qualifiés
auront vraisemblablement entre 20 et 25% des voix, moins d'un
quart des votants. Cela peut assurer une élection, mais la suite
devra, pour changer réellement, reposer sur un rassemblement
beaucoup plus large des Français !
Toujours s'adapter à la situation et à ses adversaires est de
bonne tactique : peut être faut il un candidat à l'allure
monarchique pour se sortir de cette république monarchique et
reconnaissons à JL Mélenchon un incontestable talent de tribun et
un discours de rupture avec le capitalisme.
Discours de rupture, mais regardons les contenus de plus près. Il reste dans l'aménagement du capitalisme
et c'est la seconde chose que je lui reproche. Certes nous
n'instaurerons pas le communisme du jour au lendemain : ce sera
une construction progressive avec des périodes d'accélération ou
de stagnation. Mais il faut ne pas donner prise à des reculs.
Prenons un exemple : la sécurité sociale reste en place 70 ans
après sa création, malgré les attaques incessantes du patronat et
de la droite parce qu'elle était une rupture et mettait au
coeur des rapports de production la sécurité des travailleurs. Le
projet de fusion de l'impôt sur le revenu et de la CSG est
éminemment dangereux car même si la seconde version du programme
précise que les recettes destinées à la sécu resteront fléchées,
le premier gouvernement de droite venu pourrait revenir sur ce
fléchage et diminuer les dépenses sociales alors qu'il est
nécessaire d'aller au coeur du processus de création de richesses
et d'agir sur leur répartition avec, comme le propose le PCF, la
taxation des revenus financiers des entreprises et surtout la
création d'un cercle vertueux faisant d'autant plus surcotiser les
entreprises qu'elles ne sont pas dans une optique de progrès
social et environnemental.
J'ai aussi beaucoup d'interrogations sur son programme écologique,
amalgame de revendications associatives plutôt que vision globale.
En 2012 on a eu droit à la géothermie. Cette année c'est aux
énergies marines. Le réchauffement climatique nécessite une
approche globale, d'économies - çà il le dit - mais aussi
d'utilisation de toutes les énergies décarbonées y compris le
nucléaire sauf à faire comme l'Allemagne, du discours et
l'augmentation des rejets de CO2 par utilisation de charbon et de
gaz quand le vent ne souffle pas !
Pareil pour l'alimentation bio ou végétarienne : est il au courant
que certains enfants ne mangent de la viande qu'à l'école et
qu'une alimentation végétarienne suppose un équilibre de tous les
repas. Quant au bio, je ne veux pas d'une alimentation à deux
vitesses, du bio pour les bobos et des légumes aux pesticides pour
ceux qui n'ont pas les moyens. C'est donc toute l'alimentation
dont il faut améliorer la qualité, et sans opposer les paysans,
entre celui qui a franchi le pas du bio et celui qui est
prisonnier de ses dettes. Tournons nous plutôt vers l'industrie
chimique. Et si on faisait surcotiser à la sécu les producteurs de
pesticides ? Sans oublier l'augmentation des salaires et des
revenus de remplacement permettant à chacun de se nourrir
sainement.
Je pourrais en rajouter ... Mais tout cela
ne m'empêchera pas de voter Mélenchon le 23 avril !
Déjà, je n'envisage pas l'abstention : c'est laisser les autres
choisir à notre place et même si le politique, ce n'est pas tout
et cela doit être associé à la lutte sociale contre le grand
patronat, la situation ne sera pas la même en France avec un
Mélenchon comme président de la république qu'avec un suppôt du
capitalisme comme les Le Pen-Fillon-Macron. Certains voudraient
utiliser le vote blanc pour montrer que le choix qu'on leur
propose ne leur convient pas. Mais il y a autant de diversité que
d'électeurs, alors évidemment, aucun candidat ne pense tout à fait
comme nous, et ce n'est pas un vote blanc qui dira ce que je pense
!
J'élimine évidemment les Le Pen-Fillon-Macron. J'élimine aussi les
"petits" candidats, même si le discours de Poutou me plait bien.
Mais comme je l'ai dit en titre je veux contribuer à changer le
réel, pas seulement témoigner.
Reste Hamon. J'ai hésité à un moment : socialiste ou ex
socialiste comme Mélenchon, c'est un peu pareil ! Je suis contre
sa proposition de revenu universel, une simple manière d'amender
le capitalisme, et d'ailleurs une mesure préconisée par certains
économistes ultralibéraux, mais sa victoire à la primaire du PS
avait traduit un réveil de l'électorat socialiste, montré qu'il
existe dans ce pays, quoi qu'on en dise, beaucoup de gens porteurs
de valeurs de progrès social, mais la dynamique n'est pas là (mais
faut il croire les sondages ?). Surtout il s'est disqualifié à mes
yeux par son soutien à l'intervention militaire de Trump en Syrie.
A l'horreur des armes chimiques, Trump a rajouté l'horreur de la
guerre pour le plaisir de montrer que le président des Etats Unis
est le maître du monde, dans cette poudrière qui nécessite surtout
tant d'initiatives diplomatiques et Hamon approuve ce
va-t-en-guerre
A lire tout cela, vous allez penser que je ne vais voter Mélenchon
que par défaut ! Ce n'est pas le cas, car il y a bien des choses
qui me plaisent dans son programme, à commencer par sa volonté de
réunir une constituante : l'élection présidentielle de cette année
serait la dernière ! Il n'y aurait plus de ces tragicomédies tous
les cinq ans où on ne sait plus s'il faut voter pour ses idées ou
stratégique en fonction des sondages, où les idées passent au
second plan derrière les petites phrases. Et, évidemment, c'est le
seul, même si on pourrait encore améliorer, à avoir vraiment envie
de changer la répartition des richesses dans notre pays.
Et puis, je n'ai aucune inquiétude : Mélenchon président ne
pourrait être monarque ! Les insoumis qui l'entourent ne le
supporteraient pas !
Donnons nous une chance de changer le réel
en votant MELENCHON le 23 avril ! Ce serait une
formidable ouverture pour l'avenir ! Et après, on discute
programme : les législatives seront là pour cela et surtout on
n'oublie pas que l'adversaire, c'est les grands patrons, la
finance quelque soit le résultat des élections
présidentielles, l'action doit continuer : avant même le second
tour il y a le 1er mai !